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La Continuité Ultime

sańgha

13 Je me prosterne devant ceux qui,
Claire lumière de leur propre esprit,
Voient l’absence d’essence des passions,
Qui réalisent avec justesse,
Paix parfaite, l’extrême absence
D’un soi en tous les transmigrants.
Dotés de cet entendement
Sans voiles, ils voient que le parfait
Eveil les accompagne tous,
Maîtrise d’une sagesse visionnaire
Parfaitement pure en son objet :
Les êtres dans leur infinité.
13 Je me prosterne aussi avec foi devant ceux-là mêmes qui ont [les deux qualités de cognition (rig pa) et de liberté (grol ba)] :
Le sańgha, la communauté particulièrement haute des aspirants à la vertu, celle des Héros pour l’éveil ne retombant plus, a la qualité de cognition qui est une disposition naturelle (gshis) à la double sagesse.
Ces Héros pour l’éveil, ayant rendu directement manifeste la claire lumière de la nature médicinale de leur propre esprit, voient l’absence dès l'origine de production, d’essence des passions éliminables.
De ce fait, ils ont la connaissance du ’tel-que-c’est”, car ils réalisent telle qu'elle est, avec justesse, paix [résultant de l'absence] de toute fabrication mentale , l'ainsité (chos nyid), ou l'extrême absence d'un soi dans la nature individuelle de tous les transmigrants et dans celle des phénomènes. Ils ont la sagesse du quantitatif car ils voient que cette ainsité, qui est le Corps de dharmas, le Cœur du Parfait éveil, accompagne d’une manière infuse tous les êtres, qui en sont supports (chos can).
Ils ont la qualité de liberté. Dans le même ordre que ci-dessus, ils sont dotés d’un excellent entendement sans les voiles ni les obstacles de l’attachement par rapport à son objet, puisque c’est à travers ce discernement supramondain qu’ils ont, maîtrise d’une sagesse, vision, de tous les connaissables, une connaissance parfaitement pure de la vacuité des êtres, objet de leur connaissance qui embrasse les êtres dans leur infinité.
(Voir commentaire complet du KTGR (29) )
14 15 16 Pléiade irréversiblement
Intelligente, la plus haute
Qualité de sagesse lucide
Du mode d'être phénomènal,
Et de son étendue, est leur :
Sagesse du mode phénomènal
Car, de tous les êtres migrants,
Ils percoivent la Réalité
Vraie qui est paix, et ils percoivent
L'absence à la source des passions,
Nature d'esprit tout à fait pure ; Sagesse de l'étendue
De ce mode d'être, car, perçant
Entendement du connaissable
Ultime, ils voient la présence
Omnisciente en tous les êtres
De cette vraie réalité.
14 Le texte que l’on vient d’expliquer montre un précieux sańgha possédant deux qualités :
L’on dit du joyau du sańgha, la pléiade de ceux, qui, intelligents du fait de cette maîtrise, vont irréversiblement vers le grand éveil du parfait et courageux bodhisattva, qu’ils ont la plus haute qualité d’une sagesse, comparée à celle des Eveillés solitaires et des Auditeurs. Ces nobles connaissent le mode d’être des phénomènes, car ils ont l’extraordinaire lucidité d’une sagesse (yes shes kyi gzigs pa) réflexive, individuelle, et intérieure, pure des voiles de l’attachement qui a pour objet de visée la présence de la vraie nature, en tant qu’ainsité, le tel que c’est [de l’individu].
Et ces éminents connaissent l’étendue de ce mode d’être phénomènal car ils ont l’extraordinaire lucidité d’une sagesse (yes shes kyi gzigs pa) réflexive, individuelle, et intérieure, extraordinaire, pure des voiles des entraves [de l’inintelligence] et qui a pour objet de visée mentale la compénétration par tous les êtres du dharmadha-tu, supports de la vraie réalité autant qu’ils sont.
Le sańgha a donc trois qualités de cognition : (1) il possède sagesse et vision intérieure [en elle-même la première qualité] (2) du tel que c’est (3) et de l’autant que c’est). Et trois qualités de liberté : (4)l’insurpassabilité, (5) la pureté de tout voile de l’attachement et (6) la pureté de tout voile de l’inintelligence. Sur le socle de cette sextuple subdivision, en ajoutant pour elles-mêmes la cognition et la liberté, on obtient les huit attributs des bodhisattvas éclairés, le sańgha de ceux qui ne retomberont plus. La première série en six attributs s’accorde avec la pensée des commentaires indiens faisant autorité et la suivante en huit avec la première tradition explicative tibétaine.(Voir commentaire complet du KTGR (30))
15 Les éminents bodhisattvas ont la sagesse connaissant le mode d'être phénomènale car ils comprennent directement, avec la sagesse de leur cognition réflexive individuelle, la nature de l'esprit de tous les êtres qui vont migrants, sans exception, comme le support de la vraie réalité qui est paix primordiale de toute fabrication mentale. Et ils percoivent grâce à la claire lumière [de leur propre esprit] l'absence à la source de production des passions accidentelles de ces êtres, l'arrêt de celles-ci car la nature de l'esprit est tout à fait pure.
16 Les éminents bodhisattvas ont la sagesse connaissant le mode d'être phénomènale car ils comprennent directement, avec la sagesse de leur cognition réflexive individuelle, la nature de l'esprit de tous les êtres qui vont migrants, sans exception, comme le support de la vraie réalité qui est paix primordiale de toute fabrication mentale. Et ils percoivent grâce à la claire lumière [de leur propre esprit] l'absence d'une source de production des passions accidentelles de ces êtres, l'arrêt de celles-ci car la nature de l'esprit est tout à fait pure.
17 18 Car une telle réalisation
Inclut une vision réflexive,
Intime, dénuée de désir,
Et d'entraves, de la sphère
Immaculée, celle-ci est pure.
Par leur pure vision de sagesse,
Qui atteint à l'insurpassable
Prime sagesse d'un éveillé :
Les irréversibles éminents,
Sont un refuge pour tous les êtres !
17 Une telle double sagesse est une réalisation de la voie ultramondaine (31) . Cette réalisation, qu’est-elle ? [D’une part] la vision de sagesse intime et réflexive d’éminents [pratiquants] sans commune mesure avec les autres, de la compénétration de tous les êtres par la sphère de vraie réalité naturellement immaculée (32) , laquelle vision du mode d'être phénoménal [alt.:du "tel-que-c'est"] est dénuée du voile du du désir, et [d’autre part] la connaissance sans les voiles des connaissables et les entraves [de l'inconnaissance] qui les accompagnent de l'extension de ce mode d'être [alt.:de l'"autant que c'est"] des phénomènes à toutes choses du connaissables. Aussi cette double sagesse , comparée aux perceptions d' sagesse provisoire (33), est-elle extrêmement pure.
18 Les a-ryas percevant directement la vacuité, qui ne retomberont plus du parfait éveil, atteignant à l’insurpassable prime sagesse d’un Eveillé du fait de ces [deux] qualités - cognition due à la vision de leur double sagesse, et liberté due à la pureté des voiles du désir et de l’inintelligence -, qui sont leur, sont ainsi un lieu de refuge pour tous les êtres qu’ils protègent des expériences douloureuses du cycle des existences.

Bouddha, Dharma, sańgha

19 Le Maître, l’enseignement et les
Disciples, tels sont les points posant
Trois refuges en fonction des trois
Véhicules et des trois actions
Vers lesquels va la dévotion.
19 Ces points posent trois Refuges. Le maître est posé comme un premier refuge, parmi les trois refuges, en fonction de ceux qui, pratiquant la voie du grand véhicule parmi les trois véhicules, au vu des qualités dépeintes par ce point indiquant celles du Bouddha, tendront vers la bouddhéité ; et en fonction de ceux dont la dévotion va vers le bouddha en tant que le meilleur parmi ceux qui ont une action chez les humains.
De même, l’Enseignement est présenté en second refuge en fonction des pratiquants du véhicule des éveillés solitaires (34) qui, au vu des qualités du Dharma authentique indiquées par le point de l’enseignement, souhaitent obtenir et réaliser pour eux-mêmes le dharma (chos) de la profonde manifestation interdépendante ; et en fonction de ceux dont la dévotion va vers le dharma en tant que la meilleure action pour se libérer de l’attachement.
Les disciples, le sańgha, sont présentés en troisième refuge pour les adeptes du véhicule des Auditeurs qui, au vu des qualités indiquées par le point du sańgha, les enseignés, souhaitent les obtenir en suivant un enseignant extérieur ; et en fonction de ceux dont la dévotion va vers une congrégation dont l’action excelle parmi les sańghas.
En résumé, ces trois points posent trois Refuges en fonction de six [types d’] individus, pour tenir compte des situations successives des êtres.
20 Ni les deux types d’un dharma
Provisoire, d’ une nature fictive,
Ni la pléiade des éminents,
Inachevée et circonspecte,
Ne sont ultime et havre stable.
Dans son sens vrai, il n’y a que
Le seul bouddha donnant refuge,
Car le Muni est le support
Du Corps des Dharmas tandis que
La congrégation n’atteindra
L’achèvement qu’à travers lui.
20 ’Ainsi, les trois Refuges sont tous parfaits”’ pourrait-on se dire. Ce n’est pas le cas car, des deux [types de] Dharma, verbal et de la réalisation, l’un, le Dharma de la transmission orale, est provisoire comme le recours au passeur d’eau. Et le Dharma de réalisation a deux attributs [fâcheux]. Il a une nature (chos can) changeante, tandis que les ré alisations sur la voie d’apprentissage, dans leur ascension [permanente], deviennent fictives.
[Le sańgha n’est pas un refuge ultime]. La vérité de cessation des pratiquants du Véhicule mineur et des apprenants ordinaires est sans [achèvement] de qualité ultimes. Quant aux sańghas des Vainqueurs de l’ennemi des véhicules inférieurs et des nobles bodhisattvas en apprentissage, ils restent circonspects à cause des voiles. N’ayant pas atteint le niveau de l’ intrépide Taureau divin, même eux prennent refuge dans le Bouddha. Le dharma de deux types, de transmission orale et de réalisation, et la pléiade des éminents en apprentissage, ne sont pas un ultime havre de stabilité. Dans son sens direct, vrai, il n’y a que le seul Bouddha pour être le refuge ultime des êtres innombrables car le Muni, l’ éveillé, est le support du Corps des dharmas [ou corps de réalité] libéré totalement de l’ attachement, tandis que la congrégation - le sańgha - n’atteindra son achèvement que lorsqu’elle aura obtenu les qualités de celui-ci. Là,[au fil du texte de la Continuité ultime], le Bouddha est nommé "refuge inépuisable, refuge permanent, refuge éternel, refuge authentique", appellations rendant compte, dans le même ordre, de son affranchissement de la mort, de la naissance, de la maladie, de ce qu'il est d'une vérité non mensongère, ce que dit aussi le le Su-tra du rugissement du lion de la reine S'ri-ma-la-
21 Car leur épiphanie est rare,
Car ils sont sans taches et puissants,
Car ils parent le monde, sublimes,
Inchangés, ce sont des joyaux.
21 [Si l’on se demande quel est le sens du mot ’joyau (kun = rare et mchog = sublime)” [appliqué aux Bouddha, Dharma, sańgha ], on verra que les trois Refuges portent cette appellation, venue du mot ’ratna”, car ils ont six correspondances avec une pierre précieuse.
Leur épiphanie est rare comme celle d’un joyau difficile à obtenir, car ceux qui n’ont pas produit la racine du bien ne les trouvent jamais, fut-ce au terme de nombreux éons. De même qu’un joyau d’une essence immaculée, ils sont sans les taches des deux obscurcissements. De même qu’un joyau capable de combler besoins et souhaits, ils sont ineffablement puissants en qualités : presciences, etc. De même qu’un joyau embellit par sa beauté, ils parent le monde de toutes les pensées de bien. Au delà de ce bas monde, ils sont sublimes dans ce bas monde. De même qu’un joyau inerte sous l’hommage et le blâme, ils restent inchangés, non-conditionnés par le karma et les passions. Ainsi enseigne-t-on que ce sont des joyaux.
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