A la Dent Blanche de l'Etalon
(sning po'i chos byed par dam bca' ba phya ma phyo)
Milarépa (RDCp.333)
Marpa le traducteur, Mikyeudpa en essence,
Seigneur au Noble Coeur, tu me l'avais prédit.
Bientôt mon enseignante serait l'impermanence,
M'enchaînant sous le charme de sa rhapsodie,
Elle se ferait de l'illusion maîtresse :
Bénissez-moi d'une foi ferme en l'enchanteresse!

Les êtres et les chose du manifeste, fugaces
Se transforment :  en devenir, ils n'ont point d'asile
Et vont! car tous les phénomènes qui prennent place
Dans le roue de la vie, le font en vain. Futile,
J'y ai joué mon rôle, mais aujourdh'ui je viens,
Pratiquer le dharma, cet acte au sens divin.

Mon père menait sa vie, moi je n'étais pas né,
Un jour j'avais grandi, mais lui était parti.
Histoire de deux absents,croyant se rencontrer, 
Absurde face à face qui jamais ne germa !
Sur le Pic Dent Blanche d'Etalon, le fils vient
S'adonner au Dharma, cet acte au sens divin.

Moi le fils, je manquai quand la mère était forte,
Telle une fleur fanée, le jour où je revins,
D'avoir tant vieilli, déjà elle était morte,
Duo de deux fantômes au couplet resté vain !
Sur le Pic Dent Blanche d'Etalon, le fils vient
S'adonner au Dharma, cet acte au sens divin.

Petite soeur m'attendait, mais moi j'était au loin,
Je retourne la voir, la misère l'a chassée :
Etrange fratrie que celle où les pas de chacun,
Loin de vous réunir, vous servent à errer!
Sur le Pic Dent Blanche d'Etalon, le fils vient
S'adonner au Dharma, cet acte au sens divin.
Ils étaient sans servants, tous nos ouvrages pieux.
Je revins pour les lire, les pages étaient trempées.
L'ondée entre les tuiles a arrosé les dieux,
Que peur faire ce lecteur ?,essorer ces papiers?
Sur le Pic Dent Blanche d'Etalon, le fils part
S'adonner au Dharma, seul et vrai sublime art..

A notre foyer personne pour allumer le feu,
Quand je vins avec mes silex, trop tard les ruines
Croulaient sur l'âtre froid. Si maître de ces lieux,
Je fus, ce bonheur a disparu dans la bruine.
A la Dent Blanche d'Etalon, le fils part
Pratiquer le Dharma, seul et vrai sublime art.

La terre donnait ses fruits et la ferme était sans
Personne pour travailler. Je vins avec ma serpe,
La prêle mangeait les champs. A quoi bon, paysan,
Se faire moissonneur d'un pré de folles herbes?
.A la Dent Blanche d'Etalon, le fils part
Pratiquer le Dharma, seul et vrai sublime art.

Travail, famille, patrie, dites "choses de la vie"
M'ont été peu propices. Elles vous plaisent ? Allez-y!
Puisse ta grâce garder, bon Marpa-Traducteur,
Ce clochard en retraite sur les monts enneigés!
Puisse t'elle conserver, bon Marpa--Traducteur,
Ce mendiant méditant jusqu'à la liberté!

(Traduction et musique : Etienne Loyon)
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